Lemroudj-Draa kébila

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La poterie et le travail de la laine peuvent-ils revivre à Draa Kébila ?


Bocal en terre cuite d'argile

  Dans notre article daté du 23 juillet 2011 et publié sur le site setif.info, nous avons signalé que la poterie traditionnelle et le travail de la laine sont en voie de disparition à Draa Kébila, zone montagneuse du nord ouest de la wilaya de Sétif. Ces deux métiers qui étaient prospères dans notre commune jusqu'à la fin du vingtième siècle, peuvent-ils reprendre vie et se développer de nouveau pour constituer une source d'emplois et de revenus tout en préservant notre identité et notre histoire culturelles ?

 Avant de tenter une réponse à la question soulevée plus haut, il est judicieux de se demander quelles sont les causes essentielles qui ont détrôné ces deux métiers dans cette localité ? Quelles sont les raisons qui militent en faveur d'une renaissance de ces arts traditionnels qui sont une composante indissociable de notre identité et de notre histoire culturelles ?

 Tout d'abord il faut faire remarquer que ces deux métiers qui vont de pair, la poterie et le travail de la laine, notamment à Draa Kébila, sont pratiqués essentiellement par les femmes ; ils ont évolué ensemble et sont en train de disparaître ensemble. Par conséquent, les causes de leur déclin et les possibilités de renaissance ne peuvent pas être différentes pour les deux métiers.

 a – Les causes du déclin de la poterie traditionnelle et du travail de la laine.

 Les métiers naissent lorsque des conditions favorables existent et disparaissent lorsque ces dernières n'y sont plus. En d'autres termes, un métier apparaît à la faveur d'un besoin précis exprimé par les membres de la société et il meure lorsque ce besoin n'est plus ou presque.

En effet, la poterie traditionnelle et le travail de la laine se sont développés à Draa Kébila au moment où les citoyens de cette contrée étaient acculés à produire eux-mêmes tous les biens et services nécessaires à leur survie. C'était l'époque où la localité était très isolée du reste du pays et privée de moyens de communication nécessaires au développement d'échanges commerciaux entre les différentes régions du pays. De plus, même ailleurs, à travers toute l'Algérie, l'industrie n'était pas en mesure de proposer des biens manufacturés susceptibles de remplacer, quantitativement et qualitativement, ceux produits localement d'une façon artisanale.

C'est dans ces conditions de vie en autarcie que la poterie et le travail de la laine, deux arts maîtrisés et pratiqués par nos ancêtres, se sont perpétués de génération en génération jusqu'à la fin du vingtième siècle de notre ère. Puis, les conditions de vie se sont beaucoup améliorées et le mode de vie a complètement changé à tel point que les citoyens ont tendance à ne plus pratiquer ces deux métiers, et mieux encore, à ne plus les transmettre aux générations montantes. Ce comportement est grave, car on les prive d'une partie de l'histoire culturelle qui devrait leur indiquer qui sont-elles ? d'où viennent-elles et quelle est leur contribution à l'évolution de l'humanité.

Pour en revenir aux conditions qui ont favorisé la disparition, de la poterie traditionnelle et du travail de la laine, notamment à Draa Kébila, localité du Guergour très connu pour ses eaux thermales et ses tapis du même nom, elles sont nombreuses et variées. Nous en retenons essentiellement les causes suivantes :

-         le changement radical du mode de vie, notamment de la femme qui n'éprouve plus le besoin de pratiquer la poterie traditionnelle et le travail de la laine. Les filles de la localité, à  l'instar de celles de l'ensemble de l'Algérie, à juste titre d'ailleurs, ambitionnent d'occuper des postes de travail non salissants, moins pénibles et plus rémunérateurs.

-         la disponibilité sur le marché local de produits similaires (en quantité, en qualité et à moindre prix).

-         l'architecture adoptée pour construire nos maisons ne laisse aucune place à la pratique de ces métiers traditionnels. Elle s'accommode avec la vie moderne où le citoyen achète tout au magasin.

-         l'absence d'associations professionnelles à même de prendre conscience de la gravité de la situation et d'en rechercher des palliatifs susceptibles de permettre à ces deux métiers de survivre tout en s'adaptant aux nouvelles conditions de vie des citoyens.

b – quelques propositions pour faire revivre la poterie traditionnelle et le travail de la laine.

Maintenant que nous connaissons les principales causes du déclin des ces deux métiers d'art traditionnel, le plus important c'est aussi de rechercher quels sont les voies et moyens à mettre en œuvre pour faire revivre les métiers de poterie traditionnelle et du travail de la laine à travers la région ? Sachant bien que les compétences nécessaires à leur transmissions aux jeunes filles sont encore disponibles ; il suffit de bien les employer.

Pour faire revivre ces métiers, il est aussi indispensable :

- que les services de l'artisanat et du tourisme, de la culture, de la chambre de l'artisanat et des métiers ainsi que ceux de la formation professionnelle de la wilaya de Sétif s'impliquent sérieusement ; car il y va de la préservation d'une culture millénaire que nul n'a le droit de négliger ou de laisser disparaître.

- que le mouvement associatif se développe dans ce domaine et s'implique aussi avec les services précités en servant de forces de propositions émanant de la base et de partie prenante dans la mise en œuvre sur le terrain.

- que l'administration locale, représentée par la commission des affaires sociales et culturelles communale, s'intéresse davantage  à ce genre d'artisanat et fasse des propositions de projets susceptibles de contribuer à le faire revivre pour le bien de tous.

- que les parents et leurs filles ne sous estiment pas ces métiers qui sont aussi nobles et porteurs de possibilités de création d'emplois et de richesses.

- que les services du dispositif national d'aide et de soutien de jeunes à l'insertion s'associent avec les parties précitées pour apporter l'aide financière et matérielle ainsi que les conseils et le suivi nécessaires à la réussite de tout projet initié dans ce domaine.

Il est aussi important que soient créées toutes les conditions nécessaires afin de permettre à des activités artisanales en matière de poterie et de travail de la laine de réapparaître, de se développer et de constituer une source d'emplois et de richesses non négligeables, en tenant compte des nouvelles données de la société moderne.

En d'autres termes, pour faire déclencher la renaissance des métiers précités, il faut tenir compte des données de la société moderne et de mettre en œuvres des solutions adaptées et économiquement porteuses et rentables tout en faisant impliquer toutes les parties susceptibles d'apporter un plus. Le plus important aussi, c'est de persévérer jusqu'à y parvenir à la réalisation de ce noble objectif.

En conclusion, tenant compte de ce qui précède, la renaissance de la poterie traditionnelle et du travail de la laine n'est pas chose utopique, pour peu que les parties concernées citées plus haut se mettent au travail et associent leurs efforts et leurs moyens ; car les idées existent, il suffit de les approfondir davantage et de les mettre en œuvre sur le terrain, d'évaluer constamment les résultats obtenus afin d'y parvenir à de meilleures performances. Ceci serait également valable pour les autres localités de la wilaya de Sétif et du reste du pays à quelques détails près. La concrétisation de ce projet est à la portée de nos décideurs et acteurs économiques ; ils se doivent d'agir au plus vite avant que les porteurs de ces métiers ne disparaissent eux-mêmes et laissent derrière eux un grand vide préjudiciable à notre identité et à notre histoire culturelles.

Auteur : Rachid Sebbah


Métier à tisser traditionnel


04/12/2012
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